C. Pierre Zaleski, président d’honneur de la Société Historique et Littéraire Polonaise, le 29 novembre 2024
J’essaie de présenter ici, dans les très grandes lignes, l’histoire de la SHLP et de la BPP.
Je ferai aussi le point sur la situation actuelle. Pour ne pas être trop long, cette présentation est très simplifiée et forcément subjective.
D’abord, je voudrais rappeler quelques dates importantes pour les deux institutions aux 19e siècle :
19ième siècle
– 1832, création de la Société Littéraire avec une section historique, ayant comme président Adam Jerzy Czartoryski (voir portrait) et comme vice-président Ludwik Plater.
– 1838, création de la Bibliothèque Polonaise de Paris, sous la présidence d’Adam Jerzy Czartoryski et avec comme directeur Karol Sienkiewicz.
– 1853, achat de l’hôtel particulier sis 6 quai d’Orléans pour loger la Bibliothèque.
– 1854, transformation de la Société Littéraire et la Société Historique en Société Historique et Littéraire Polonaise, toujours sous la présidence d’Adam Jerzy Czartoryski et la vice-présidence d’Adam Mickiewicz.
– 1861, décès du premier président de la SHLP et élection comme deuxième président de son fils, Władysław Czartoryski.
– 1866, décret de Napoléon III donnant à la SHLP les privilèges d’un établissement d’utilité publique.
– 1890, vote de la SHLP pour transmettre la Bibliothèque Polonaise à l’Académie de Cracovie.
- 1893, transmission effective de la Bibliothèque à l’Académie, qui devient propriétaire et responsable de son fonctionnement.
Quelques commentaires sur les événements évoqués par ce bref calendrier :
– La création de la Société Littéraire avait pour but de promouvoir le dialogue et les actions, afin de défendre le droit des Polonais de vivre dans une Pologne libre et souveraine en gardant leur culture, leur histoire, leur langue.
– L’activité de la Société Littéraire, puis de son successeur la SHLP, a pu être très dynamique grâce à de nombreuses et souvent éminentes personnalités qui y ont consacré beaucoup de temps et d’énergie. Il s’agit des membres et des amis de ces sociétés : des Polonais émigrés, des Français, et même quelques représentants d’autres nations qui défendaient l’idée de la liberté des peuples et des individus, et en particulier celle des Polonais et de la Pologne.
Il n’est pas possible de les mentionner tous, mais je voudrais en citer quelques-uns :
– Autour de la figure centrale de l’homme d’état Adam Jerzy Czartoryski, président du gouvernement polonais libre, on trouve Adam Mickiewicz, Julius Słowacki, Zygmunt Krasiński, Frédéric Chopin, le général Józef Bem, Marquis Marie de la Fayette, Charles de Montalembert, Georges Sand, Alexandre Walewski, Félicité de Lamennais, Prosper Mérimée, Jules Michelet, James Fenimore Cooper, Lord Dudley.
L’exposition organisée et présentée par Madame Ewa Rutkowski permet de bien appréhender l’activité de la Société Littéraire, transformée ensuite en la SHLP, au 19ième siècle.
— Création de la Bibliothèque —
En 1838 a été créé la Bibliothèque Polonaise de Paris, institution qui devait permettre de conserver la mémoire de l’histoire et de la culture de la Pologne à une époque où l’occupant russe et prussien tentait d’effacer cette mémoire.
L’idée de créer la Bibliothèque à Paris revient à un Français, Daniel de Saint Antoine, mais la réalisation est due surtout à des émigrés polonais : autour de l’incontournable Adam Jerzy Czartoryski, on retrouve le Général Karol Kniaziewicz, le poète Julian Ursyn Niemcewicz, et l’historien Karol Sienkiewicz, qui est devenu son premier directeur.
N’oublions pas Adam Mickiewicz (voir portrait), à qui la Société Française de Civilisation a demandé de rédiger un appel dans ce sens (création de la BPP) et qui a déclaré lors de l’ouverture : « La parole la plus sage se perd. Un livre s’oublie. Mais une institution vivante assure une influence durable et efficace. »
L’achat de l’immeuble au 6 quai d’Orléans a permis de loger convenablement les collections de la Bibliothèque et aussi de créer un espace pour l’activité culturelle de la SHLP.
Pourtant, la Bibliothèque Polonaise n’a jamais eu de personnalité juridique. C’est la SHLP qui a acquis cette personnalité et qui est devenue propriétaire de l’immeuble et des collections qui forment donc l’ensemble qu’on appelle « Bibliothèque Polonaise de Paris. »
— Transfert de la BPP à l’Académie —
En 1890, le président de la SHLP Władysław Czartoryski et le secrétaire général Lubomir Gadon – qui était aussi directeur de la BPP depuis 1880 – ont proposé de transmettre la propriété et la responsabilité de fonctionnement de la Bibliothèque à l’Académie. Pour justifier cette proposition, ils ont invoqué la diminution du nombre des membres de la SHLP et surtout du nombre de membres consacrant du temps et de l’énergie à la Société. L’Assemblée Générale de la SHLP a accepté la proposition par 20 voix pour et 3 contre.
La décision du transfert devait pourtant être particulièrement douloureuse, car la Pologne libre et souveraine à laquelle aspirait la SHLP n’existait toujours pas. Et cela même si l’Académie de Cracovie était située dans la partie de la Pologne occupée – par l’empire Autrichien-Hongrois – qui bénéficiait de plus d’autonomie et où la culture, l’histoire, la langue polonaises n’étaient pas combattues par le régime en place, relativement tolérant.
Le transfert a pu être effectif en 1893, après l’accord du président de la République Française et de l’empereur de l’Autriche-Hongrie. Une condition spécifique y était attachée : la Bibliothèque Polonaise devait continuer de fonctionner au 6, quai d’Orléans et les collections devaient y rester.
L’éloignement relatif de l’Académie de Cracovie faisait que le directeur avait un rôle crucial.
Les six années suivant la transmission ont vu deux directeurs de la BPP nommés par l’Académie : Józef Korzeniowski (1893-1896) et Konstanty Górski (1896-1899).
Quelques améliorations au fonctionnement de la Bibliothèque ont été apportées durant cette fin du 19e siècle. Il s’agissait de : dépoussiérer les livres, nettoyer les parquets et les murs, et organiser l’accès aux documents.
La nature même de ces légères améliorations montre qu’en 1890 étaient insuffisants non seulement le travail des bénévoles, mais aussi les moyens financiers, dédiés à la BPP, notamment pour rémunérer un minimum de personnel.
L’activité de la SHLP en 1890 étant surtout, sinon exclusivement, centrée autour du fonctionnement de la BPP, la SHLP, à partir du transfert en 1893, est devenue, en fait, inactive.
20ème siècle
Voici les dates significatives :
– 1903, installation du musée Mickiewicz
– 1918, la Pologne redevient libre et souveraine
– 1926, décès du Wladislaw Mickiewicz, directeur depuis 1899, et nomination comme directeur de François Pulaski
– 1937, création du Centre de Civilisation Polonaise à la Bibliothèque
– 1940, occupation allemande
– 1944, réouverture de la Bibliothèque
– 1946, réactivation de la SHLP
– 1959, décision de la Cour d’Appel de Paris concernant l’impossibilité de déterminer le propriétaire de la Bibliothèque et nommant un administrateur judiciaire.
– 1990, la Pologne redevient libre et souveraine
– 1999, accord concernant la BPP entre la SHLP et l’Académie Polonaise des Sciences et des Lettres (PAU).
Quelques commentaires sur les faits importants du 20e siècle :
Władysław Mickiewicz (voir portrait), directeur de la BPP pendant les premiers 26 ans du siècle, était un citoyen français très attaché à la Pologne et surtout à la mémoire de son père Adam. Il jouait un rôle éminent parmi l’émigration polonaise en France. Il a offert ses riches collections concernant son père à la BPP, ce qui a permis l’ouverture du musée Adam Mickiewicz en 1903.
Dans la gestion de la Bibliothèque, il a été confronté à des difficultés financières continues. Son successeur François Pułaski (voir portrait) a émis un constat attristé sur l’état de la Bibliothèque lors de sa prise de fonctions en 1926 :
Il note que 65 000 volumes et gravures se trouvent dans un état lamentable et que seulement trois personnes sont employées à la Bibliothèque Polonaise. Par ailleurs, le bâtiment nécessite des travaux importants.
François Pulaski, qui a joué un rôle important en Pologne, indépendante depuis 1918, a pu obtenir des autorités polonaises des crédits suffisants pour la Bibliothèque. Il a ainsi fait effectuer des travaux importants concernant le bâtiment entre 1926 et 1929. Il a pu aussi engager une équipe de personnes compétentes et dévouées à la Bibliothèque en nombre suffisant.
Il s’agit notamment de Czesław Chowaniec, Bronisława Monkiewicz, et Irena Gałȩzowska.
Le directeur François Pułaski a aussi organisé en 1937 à la BPP un Centre d’études polonaises, pour le fonctionnement duquel il a su attirer plusieurs personnalités scientifiques travaillant à titre bénévole, tout particulièrement André Mazon, Zygmunt Zaleski, Paul Cazin, Henri de Montfort, le général Louis Faury, et Jozef Andrzej Teslar.
En juin 1940, les troupes allemandes approchant de Paris, François Pułaski, avec des amis de la Bibliothèque, a pu évacuer et cacher une petite, mais la plus précieuse, partie des collections se trouvent au 6, quai d’Orléans. Les Allemands ont occupé et vandalisé le bâtiment et envoyé le reste des collections – dans 766 caisses – en Allemagne.
En 1944, François Pułaski et son équipe d’avant la guerre ont repris, dans les conditions très difficiles, la responsabilité de la BPP. En 1946, compte tenu de la situation politique en Pologne – abandonnée par ses alliés occidentaux à Staline – François Pułaski, avec Zygmunt Zaleski et le soutien de quelques amis de la Bibliothèque (tout particulièrement l’ambassadeur Kajetan Morawski, Henri de Montfort, et le professeur Henri Mazeaud) – réactivent la Société Historique et Littéraire Polonaise. La SHLP n’ayant jamais été dissoute, les autorités françaises acceptent sa réactivation en 1946, bien qu’il n’y eût plus aucun membre vivant.
La SHLP conserve les privilèges d’une institution d’utilité publique accordés par Napoléon III en 1866. Il s’agissait de permettre à la SHLP de redevenir responsable du fonctionnement de la Bibliothèque dans l’esprit de ses fondateurs, dans l’idéal de liberté des peuples et des individus.
Dans la décennie 1950, le gouvernement communiste de Pologne interrompt l’activité de l’Académie Polonaise des Sciences et des Lettres de Cracovie (PAU), propriétaire de la Bibliothèque, et transfert ses biens à l’Académie des Sciences qu’il avait créée sur le modèle soviétique. Cette dernière académie et le gouvernement polonais intentent un procès à la SHLP pour récupérer la Bibliothèque.
En 1959, la Cour d’Appel de Paris décide qu’elle ne peut pas établir qui est le propriétaire de la Bibliothèque et nomme un administrateur judiciaire. Cet administrateur confie la Bibliothèque aux bons soins de la SHLP, en lui accordant un bail pour un loyer symbolique, d’abord indirectement, puis directement, prolongé jusqu’en 2030.
La SHLP doit donc assumer la responsabilité de faire fonctionner la Bibliothèque et de la maintenir en bon état. Elle le fait au mieux dans des conditions financières difficiles, tout en gardant l’esprit des fondateurs. C’est bien pour cela qu’elle a été réactivée en 1946.
De nombreuses personnes ont apporté leur concours pour la réalisation de cette tâche, qui a été particulièrement difficile à cause du manque de moyens financiers. Les titulaires pendant un temps significatif de trois postes particulièrement importants doivent être rappelés :
A la présidence de la SHLP se sont succédé Camille Gronkowski (pendant 4 ans), André Poniatowski (27 ans) (voir photo), Eugène Zaleski (10 ans), Andrzej Folkierski (4 ans), Leszek Talko (10 ans).
Au secrétariat général de la Société on compte quatre personnes : Zygmunt Zaleski (22 ans), Irena Gałȩzowska (9 ans), Georges Mond (10 ans), Marie-Thérèse Vido-Rzewuska (7 ans).
Sept directeurs de la Bibliothèque se sont succédé lors de cette deuxième moitié du 20e siècle. Il s’agit de : François Pulaski (30 ans), Czesław Chowaniec (12 ans), André Poniatowski (9 ans), Joseph Handelsmann (7 ans), Eugène Zaleski (3 ans), André Krzeczunowicz (3 ans), et Leszek Talko (7 ans). Certains d’entre eux ont été aussi président et, comme Joseph Handelsmann, ont servi à titre bénévole.
À partir de 1990, la Pologne ayant retrouvé sa souveraineté, la BPP a bénéficié d’une aide des institutions polonaises. Cette aide – limitée mais significative – provenait tout particulièrement de deux institutions : la Bibliothèque Nationale et la Fondation pour la Science. Néanmoins, la situation financière a été difficile jusqu’à la fin du siècle, malgré une contribution significative pendant quelques années de la Fondation Lanckoronski, à laquelle s’est substituée vers la fin du siècle la fondation Zygmunt Zaleski Stichting (ZZS).
21e siècle
Le conseil de la SHLP élu en juin 1999 a constaté que la Bibliothèque – le bâtiment et les collections – était dans un état alarmant : effondrement d’une salle de réunion, risque d’effondrement de murs porteurs et de planchers de certaines salles, non-conformité du bâtiment recevant le public aux règlements de sécurité, protection contre incendie et intrusion très insuffisante.
Par ailleurs, une très grande partie des collections a été contaminée par des champignons, et des milliers de livres complètement abimés ont dû être jetés.
Les travaux extrêmement importants qui s’imposaient nécessitaient des fonds conséquents : plus de 6 millions d’euros d’aujourd’hui.
Deux mécènes – la Fondation ZZS, créée par Romain Zaleski, et le Sénat polonais – étaient prêts à financer l’essentiel de ces travaux, mais souhaitaient qu’on connaisse officiellement le propriétaire de la Bibliothèque. Cette situation a conduit le conseil de la SHLP à reprendre contact avec l’Académie des Sciences et des Lettres (PAU), réactivée après 1989, qui voulait rétablir ses droits comme propriétaire de la Bibliothèque.
Ainsi, dès la fin de 1999, on a pu aboutir à un accord entre la SHLP et l’Académie qui a été validé juridiquement en France par une Cour arbitrale internationale.
Dans ces nouvelles conditions, la SHLP a pu procéder, entre 2000 et 2004, à de très importants travaux. On a ainsi consolidé les structures du bâtiment et installé un système de climatisation protégeant les collections qui ont été décontaminées. On a aussi installé des dispositifs de rayonnages mobiles qui ont permis d’utiliser l’espace de magasins au sous-sol d’une façon bien plus efficace et de dégager au rez-de-chaussée et au premier étage des espaces pour des activités culturelles.
Par ailleurs, on a installé des systèmes de surveillance d’incendie et d’intrusion et on a mis l’ensemble du bâtiment en conformité avec les règlements de sécurité permettant de recevoir le public.
Je souhaite ici citer deux membres du conseil d’administration de la SHLP dont la contribution à ces travaux a été tout à fait essentiel :
– Le regretté Jean-Pierre Mustelier, directeur adjoint de la Bibliothèque, trésorier de la SHLP, conseiller technique du président.
– André Nieweglowski, architecte, collectionneur, à qui on doit notamment l’esthétique de nos salles et la conception du salon Chopin.
Les cinq conseils d’administration qui se sont suivi de 1999 à 2024 ont eu pour objectif de maintenir en bon état et de développer, de mieux connaître et faire mieux connaître au public les précieuses collections de la Bibliothèque.
La réalisation de cet objectif a bénéficié d’une aide continue de la PAU.
Mais, contrairement à la SHLP de la fin du 19ième siècle, ces conseils ont eu aussi un deuxième objectif : développer, dans les locaux de la Bibliothèque, un programme culturel dans le contexte des relations amicales entre les sociétés francophones et la société polonaise.
La réalisation de cet objectif s’est appuyée sur la création, en 2004, de la Commission Scientifique, avec co-présidents Hélène Carrère d’Encausse et Bronisław Geremek, ainsi que sur de nombreuses associations amies franco-polonaises de caractère scientifique et culturel. Le succès de ce programme me semble bien connu.
J’aimerais citer ici deux membres du conseil qui ont particulièrement contribué au développement de ce programme :
– Madame Maria Delaperrière, secrétaire général pendant cinq ans au conseil et membre depuis 2004 de la Commission Scientifique.
– Madame Marie-Thérèse Vido-Rzewuska, secrétaire général de la SHLP à la fin du 20e siècle et pendant 20 ans dans ce début du 21e siècle.
Le fonctionnement de la Bibliothèque et la réalisation des deux objectifs mentionnés plus haut demandent, en plus de l’implication importante de volontaires, l’existence d’une équipe travaillant à plein temps, et donc rémunérée, ainsi que des moyens financiers pour régler des diverses dépenses indispensables au bon fonctionnement de la Bibliothèque.
Un financement généreux de la Fondation ZZS et une subvention du ministère polonais de l’Éducation et de la Science, obtenue par l’Académie, ont résolu le problème financier de la SHLP/BPP pendant environ dix ans. Ceci a permis de constituer une équipe peu nombreuse mais compétente et dévouée, comme cela a été le cas pour l’équipe constituée par François Pułaski.
Je souhaite mentionner tout spécialement trois personnes clé qui sont toujours là depuis une vingtaine d’années : Mesdames Ewa Rutkowski, Anna Czarnocka et Beata Skrzypek.
Nouvelles difficultés financières
Malheureusement, après la crise financière des années 2008-2009, la Fondation ZZS a diminué fortement ses subventions et les a arrêtées complètement en 2017. Cela a posé à la SHLP un problème difficile. En effet, une association de soutien de la Bibliothèque, créée en vue d’éventuelles difficultés financières dès 2001 sous la présidence de Madame Isabelle d’Ornano et ensuite du regretté Jean-Bernard Raimond, ancien ministre, n’a pas réussi à trouver des ressources suffisantes auprès de mécènes ou des organismes officiels français.
La SHLP s’est donc tourné, en 2013, vers le ministère polonais de la Culture et du Patrimoine pour obtenir une subvention complémentaire à celle du ministère polonais de l’Éducation et de la Science obtenue par la PAU.
Le ministère de la Culture a proposé en 2014 une solution originale : la création d’une institution culturelle qui prendrait complètement en charge le fonctionnement de la Bibliothèque. Après neuf ans de mises au point juridiques et bureaucratiques, ainsi que deux modifications de la loi polonaise apparues indispensables aux juristes du ministère, on a pu conclure en 2023.
En effet, le 9 octobre 2023 a été signé entre le ministère, l’Académie et la SHLP un accord créant une institution, appelée Institut Bibliothèque Polonaise de Paris. En même temps, on a nommé Monsieur le Professeur Maciej Forycki comme directeur de l’Institut.
Le transfert de la responsabilité de la Bibliothèque – son personnel, les divers contrats la concernant – a eu lieu seulement une dizaine de mois après, mais aujourd’hui il est effectif.
Situation actuelle
L’effet majeur de la situation actuelle est le transfert des responsabilités de fonctionnement de la Bibliothèque à une institution indépendante. C’était déjà le cas en 1893, mais dans des conditions très différentes : actuellement, la Pologne est libre et souveraine. L’institution à qui la SHLP transfère la responsabilité de la Bibliothèque – l’Institut Bibliothèque Polonaise de Paris – ne devient pas, comme en 1893, propriétaire du bâtiment et des collections, qui restent la propriété de la PAU et de la SHLP.
L’Institut culturel résulte d’un partenariat entre le ministère de la Culture et du Patrimoine, la PAU et la SHLP. Par conséquent, la SHLP garde une responsabilité concernant le fonctionnement de l’Institut : elle nomme un tiers des membres de son conseil et intervient pour la nomination du directeur et du directeur adjoint.
Par ailleurs, la SHLP dispose pour son activité de deux bureaux et de la priorité de l’utilisation des salles du rez-de-chaussée de la Bibliothèque pour son programme culturel. Ceci permettra à la SHLP de veiller à l’intérêt de la communauté francophone – d’origine polonaise ou simplement amis de la Pologne qui ne parlent pas le Polonais (comme c’était d’ailleurs le cas des deux premiers présidents de la SHLP réactivée en 1946).
La fidélité aux grands principes des fondateurs de la Bibliothèque – liberté des individus et des nations – et l’ouverture du programme culturel à toutes les opinions politiques respectant ces principes – devront bien être assurées, notamment grâce aux deux membres fondateurs de l’Institut : SHLP et Académie.
La SHLP d’après 2024 a aussi d’autres responsabilités, en particulier :
– la gestion des bourses fondées par certains de ses membres.
– La gestion d’un legs du président Gronkowski, en se rapprochant au plus près de l’esprit de son testament.
– l’organisation d’un pèlerinage annuel au cimetière de Montmorency où sont enterrés de nombreux polonais.
On le voit, il y a beaucoup d’actions à assurer par les membres de la SHLP en plus de nouvelles actions qui pourront être initiées par le conseil d’administration.
On peut espérer que, contrairement au 1893, suffisamment de membres voudront et pourront consacrer un temps et une énergie suffisants à la SHLP pour assurer ces diverses tâches.
Dans ce texte, j’ai beaucoup parlé de personnes. Mais ce sont bien des femmes et des hommes qui assurent l’avenir d’une institution comme la SHLP.
Pour une institution comme la Bibliothèque Polonaise, il faut, en plus de l’activité de bénévoles, des moyens financiers importants – qui aujourd’hui me semblent assurés d’une façon relativement pérenne.